Une crise de confiance au sein du Conseil d’orientation des retraites
Jeudi 5 février, une scène rare s’est déroulée lors d’une séance plénière du Conseil d’orientation des retraites (COR). Yvan Ricordeau, numéro deux de la CFDT, a publiquement remis en cause la légitimité de Gilbert Cette, président du COR, le qualifiant de « discrédité ».
Cette attaque frontale, inédite dans les annales de l’institution, intervient après la publication d’un ouvrage coécrit par Gilbert Cette, où les partenaires sociaux sont violemment critiqués. La CFDT, habituellement mesurée, a cette fois franchi le pas, marquant un tournant dans les relations entre le COR et les syndicats.
Un climat de tension exacerbé par les réformes
Cette crise intervient dans un contexte déjà tendu, marqué par les réformes des retraites du gouvernement Lecornu II, soutenues par Emmanuel Macron. Les syndicats, en première ligne, dénoncent un manque de transparence et une instrumentalisation des données économiques par le COR.
« Nous ne pouvons plus accepter qu’un organisme censé être neutre serve de relais à une idéologie libérale », a déclaré un représentant syndical sous couvert d’anonymat. Cette déclaration résume le malaise croissant face à la gestion des retraites, alors que la France fait face à une crise des finances publiques et à une crise de la démocratie locale.
Un COR sous le feu des critiques
Le COR, créé pour éclairer les décisions publiques, est désormais perçu comme un outil au service du pouvoir en place. La gauche et les syndicats dénoncent une dérive technocratique, tandis que la droite et l’extrême droite minimisent l’incident, évoquant une « crise passagère ».
Pourtant, les faits sont têtus : les études du COR ont souvent servi de base aux réformes impopulaires, alimentant un sentiment de défiance chez les citoyens. Cette défiance s’inscrit dans un contexte plus large de crise de la représentation politique, où les institutions perdent peu à peu leur crédibilité.
Un enjeu européen et international
Au-delà des frontières, cette crise interroge sur la gouvernance des retraites en Europe. Des pays comme la Norvège ou le Canada, souvent cités en exemple, montrent qu’une approche plus sociale et moins technocratique est possible. La France, elle, reste prisonnière de ses dogmes.
Alors que la stratégie des partis pour 2027 se précise, cette affaire pourrait bien devenir un symbole des fractures politiques françaises. La CFDT, en prenant la parole, a ouvert une brèche que personne ne pourra refermer facilement.