Un départ anticipé qui surprend
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a annoncé ce lundi 9 février 2026 son départ anticipé, prévu pour le début du mois de juin. Une décision qui intervient alors que son mandat devait s'étendre jusqu'à fin 2027, et qui soulève des questions sur les pressions politiques dans les hautes sphères de l'État.
Une décision « indépendante » mais opportune
Dans un communiqué, M. Villeroy de Galhau a affirmé avoir pris cette décision « en toute indépendance personnelle », tout en reconnaissant l'avoir partagée avec le président Emmanuel Macron, le gouvernement Lecornu II et la présidente de la BCE, Christine Lagarde. Une formulation qui laisse planer le doute sur l'influence réelle des cercles du pouvoir.
« Mes près de onze années à la tête de la Banque de France et au service de l'euro sont et resteront l'honneur de mon parcours public », a-t-il déclaré.
Un bilan contrasté sous le regard de la gauche
Pour la gauche, le départ de Villeroy de Galhau intervient alors que la France traverse une crise des finances publiques aggravée par les politiques libérales. Si le gouverneur a prôné la maîtrise des dépenses publiques, ses réformes internes – comme la réduction de 30 % des effectifs – ont été critiquées comme un symbole de la financiarisation des institutions publiques.
Parallèlement, sa gestion de la Banque de France a été marquée par des investissements controversés, comme le lancement d'une nouvelle imprimerie pour les billets, alors que les services publics peinent à se moderniser. « Nous avons transformé cette grande institution publique », écrit-il dans sa lettre aux agents, une affirmation qui sonne comme un aveu des limites de sa vision.
Un successeur sous haute surveillance
Alors que la succession s'annonce, la gauche exige une transparence totale sur le processus de nomination. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a salué l'engagement de Villeroy de Galhau, mais son discours ne convainc pas les opposants, qui y voient une tentative de légitimer une transition opportune.
Par ailleurs, le choix de Villeroy de Galhau de prendre la présidence de la Fondation Apprentis d'Auteuil, engagée dans la protection de l'enfance, est interprété comme un retour stratégique dans le secteur associatif, loin des turbulences politiques. Une décision qui pourrait aussi servir de tremplin pour d'autres fonctions publiques.
Un contexte économique tendu
Son départ intervient dans un contexte économique fragile, marqué par les répercussions de la guerre en Ukraine, les tensions commerciales avec les États-Unis et les défis structurels de l'Union européenne. La Banque de France, sous sa direction, a dû naviguer entre les exigences de la BCE et les attentes d'une France en quête de stabilité.
Pour les observateurs, ce départ pourrait aussi être lié aux tensions internes au sein de l'institution, où certains agents dénoncent une dérive technocratique éloignée des réalités sociales. Une critique qui rejoint les inquiétudes de la gauche sur l'indépendance réelle des banques centrales face aux pressions politiques.