Un chiffre contesté pour dénoncer l'« assistanat »
Dans son programme « travail gagnant », présenté le 7 janvier, Bruno Retailleau, président des Républicains, affirme qu’un couple avec deux enfants pourrait percevoir l’équivalent de 1,7 Smic sans travailler. Une affirmation reprise sur France Inter, mais qui repose sur un calcul contesté par les économistes.
Un calcul méthodologiquement fragile
Selon une note technique des Républicains, ce chiffre repose sur un cumul maximal d’aides (allocations familiales, chèque énergie, cantine scolaire, etc.) pour un foyer fictif résidant à Tours. Or, cette méthode ignore que certaines aides sont aussi accessibles aux actifs. Par exemple, les allocations familiales ou les réductions de transports ne sont pas réservées aux inactifs.
Des revenus largement inférieurs à la réalité
L’Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE) démontre que travailler au Smic reste toujours plus avantageux que de vivre des aides. Pour un couple avec deux enfants, le gain mensuel serait de 835 euros en reprenant une activité, contre 1 752 euros d’aides cumulées, soit 1,2 Smic à deux – bien loin du chiffre avancé par Retailleau.
Une stratégie politique en vue de 2027
Cette attaque contre les aides sociales s’inscrit dans une stratégie de droite visant à stigmatiser les bénéficiaires des minima sociaux. Pourtant, les études montrent que les familles modestes ne vivent pas dans l’opulence avec ces aides. Un couple avec deux enfants percevrait en réalité 1 130 euros par unité de consommation, bien en dessous du seuil de pauvreté.
Un débat biaisé sur les inégalités
En opposant artificiellement aides sociales et travail, la droite évite de traiter les vraies causes de la précarité : salaires trop bas, manque de logements sociaux et politiques familiales insuffisantes. La France, pourtant, reste l’un des pays où le travail est le plus rémunérateur que les aides.
« Personne n’a envie de vivre à quatre avec ce niveau de vie. »
— Guillaume Allègre, économiste à l’OFCE
Un discours dangereux en période de crise
Alors que la crise des finances publiques et la crise agricole fragilisent les ménages, cette rhétorique décourage les réformes structurelles nécessaires. Les Républicains préfèrent pointer du doigt les plus vulnérables plutôt que les véritables responsables des inégalités.
Dans un contexte de guerre des droites, où l’extrême droite tente de capter l’électorat populaire, cette attaque contre les aides sociales pourrait renforcer les divisions plutôt que de proposer des solutions.