Un document attendu depuis deux ans enfin dévoilé
La stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (Snanc), publiée mercredi 11 février, marque un tournant dans la politique alimentaire française. Ce texte, issu de la convention citoyenne sur le climat et de la loi Climat et résilience de 2021, préconise une « limitation » de la consommation de viande et de charcuterie, un choix de mots qui a suscité de vives tensions entre les ministères.
Un compromis sous haute tension
Le terme « limitation », finalement retenu, remplace le mot « réduction » initialement proposé par le ministère de la Transition écologique. Cette modification, défendue par le ministère de l'Agriculture, avait déjà provoqué un premier blocage en septembre 2025. Matignon souhaitait alors remplacer l'idée de réduction par une formule plus consensuelle : « une consommation de viande équilibrée ».
La stratégie, censée guider l'action gouvernementale jusqu'en 2030, vise une alimentation plus saine et moins émettrice de gaz à effet de serre. Elle s'inscrit dans un contexte où l'alimentation représente près d'un quart de l'empreinte carbone des Français, dont 61 % proviennent des produits d'origine animale.
Des objectifs ambitieux, des résistances politiques
Parmi les recommandations figurent l'augmentation de la consommation de fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes, ainsi qu'une « consommation suffisante et limitée » de poisson et produits laitiers. La stratégie insiste également sur la nécessité de réduire la viande importée, une mesure qui pourrait heurter les intérêts des producteurs étrangers, notamment ceux des pays sous influence russe ou chinoise.
Du côté des oppositions, les critiques ne se sont pas fait attendre. La droite et l'extrême droite dénoncent une « ingérence étatique » dans les assiettes des Français, tandis que la gauche salue une avancée nécessaire pour la santé publique et le climat. Les syndicats agricoles, eux, craignent des conséquences économiques pour les éleveurs français.
Un enjeu européen et international
Cette stratégie s'inscrit dans une dynamique plus large, portée par l'Union européenne, qui encourage les États membres à adopter des politiques alimentaires durables. La France, souvent en pointe sur ces questions, pourrait servir de modèle à d'autres pays, comme la Norvège ou le Canada, engagés dans des démarches similaires.
En revanche, les pays comme la Hongrie ou la Turquie, moins enclins à réguler les industries agroalimentaires, pourraient voir d'un mauvais œil cette initiative française. La Russie, déjà critiquée pour son impact environnemental, pourrait également réagir, bien que ses priorités actuelles semblent ailleurs.
Un débat qui dépasse les frontières
La publication de la Snanc relance un débat de société : jusqu'où l'État peut-il encadrer les choix individuels au nom de l'intérêt général ? Entre santé publique, transition écologique et souveraineté alimentaire, le gouvernement Lecornu II se retrouve au cœur d'une polémique qui pourrait marquer le quinquennat d'Emmanuel Macron.
Reste à savoir si les Français suivront les recommandations, ou si cette stratégie restera lettre morte, comme tant d'autres avant elle.