Un revirement sous pression
Jeudi 8 janvier 2026, Emmanuel Macron a finalement cédé aux pressions des syndicats agricoles et des forces politiques hostiles au libre-échange. Le gouvernement Lecornu II a annoncé que la France voterait contre l'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur, un traité controversé depuis des années. Cette décision intervient après des semaines d'hésitations, révélatrices des tensions croissantes entre l'exécutif et les acteurs du monde rural.
Un accord au cœur des divisions
L'accord de libre-échange avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay était pourtant présenté comme une opportunité économique majeure pour l'UE. Mais les critiques ont fini par l'emporter : concurrence déloyale, risques pour la souveraineté alimentaire, et mécontentement des agriculteurs français. « Il ne justifie pas d'exposer des filières agricoles sensibles et essentielles à notre souveraineté alimentaire », a justifié le président dans un communiqué.
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a salué un « non puissant » sur BFM-TV, soulignant que le monde agricole ne devait pas être « sacrifié sur l'autel d'un libre-échange ancien, mal pensé, mal calibré ». Une position qui résonne avec les critiques récurrentes de la gauche et des écologistes, pour qui cet accord favorisait les intérêts industriels au détriment des petits producteurs.
Une crise agricole qui s'enracine
Ce renoncement partiel intervient dans un contexte de crise persistante dans le secteur agricole. La gestion contestée de l'épidémie de dermatose nodulaire contagieuse avait déjà révélé les fractures entre l'État et les professionnels. Aujourd'hui, le malaise s'amplifie, alimenté par un mouvement antisystème qui gagne du terrain.
Les syndicats, poussés par leur base, adoptent des positions de plus en plus radicales. « Le gouvernement est cantonné à la gestion de crise », déplorent les observateurs, tandis que les manifestations se multiplient. Une situation qui rappelle les tensions de l'hiver 2024, où les agriculteurs avaient déjà fait entendre leur colère face à des politiques jugées insuffisantes.
Un signal politique ambigu
En bloquant le Mercosur, Emmanuel Macron tente de désamorcer une crise, mais cette décision pourrait aussi affaiblir la position de la France au sein de l'UE. Certains y voient une concession aux populismes, tandis que d'autres saluent une prise de conscience écologique et sociale.
Reste que cette affaire illustre les difficultés d'un exécutif pris en étau entre les attentes européennes et les réalités du terrain. Avec les élections de 2027 en ligne de mire, le gouvernement Lecornu II devra désormais composer avec un électorat agricole de plus en plus exigeant.