Une victoire symbolique, mais pas suffisante
Les agriculteurs français maintiennent la pression malgré l'annonce d'Emmanuel Macron de rejeter l'accord de libre-échange avec le Mercosur. Vendredi 9 janvier 2026, des opérations escargot ont bloqué le périphérique parisien et l'A2, tandis que des tracteurs ont défilé jusqu'à l'Arc de Triomphe.
Un geste politique insuffisant
Le président de la République a annoncé sur les réseaux sociaux que la France voterait contre le traité dans sa version actuelle.
"Le constat doit être dressé d'un rejet politique unanime de l'accord (...). Dans ce contexte, la France votera contre",a-t-il déclaré sur X.
Cependant, pour Thomas Hegarty, président de la Coordination rurale 87, cette décision ne résout pas les inquiétudes des agriculteurs. "Je pense qu'il y aura forcément un traité qui sera signé, dans tous les cas, et la viande étrangère arrivera bien en France", déplore-t-il.
Une mobilisation qui se poursuit
La journée de jeudi 8 janvier avait été marquée par des tensions à Paris, avec des tracteurs parvenant à contourner les barrages de police pour atteindre l'Assemblée nationale. Si les manifestations ont pris fin hier soir, d'autres actions sont attendues ce vendredi.
Cette crise s'inscrit dans un contexte plus large de crise agricole et politique sanitaire, où les agriculteurs dénoncent une politique européenne jugée défavorable à leurs intérêts. La France, souvent en première ligne dans les négociations commerciales, est accusée de céder trop facilement aux pressions des pays tiers.
Le gouvernement Lecornu II, sous la direction du Premier ministre Sébastien Lecornu, tente de rassurer, mais les syndicats agricoles restent sceptiques. La question de la souveraineté alimentaire reste au cœur des débats, alors que l'Union européenne négocie d'autres accords commerciaux controversés.
Un enjeu européen
L'accord avec le Mercosur, qui regroupe le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay, est critiqué pour ses normes environnementales et sanitaires jugées insuffisantes. La France, soutenue par d'autres États membres comme l'Irlande et la Belgique, défend une approche plus stricte.
En revanche, des pays comme la Hongrie et la Pologne, souvent en désaccord avec les positions françaises, pourraient soutenir l'accord. Cette division au sein de l'UE révèle les tensions persistantes entre protectionnisme et libre-échange.
Les agriculteurs entre colère et désillusion
Pour les agriculteurs, cette mobilisation est aussi l'occasion de dénoncer des difficultés structurelles : baisse des revenus, concurrence déloyale et manque de soutien public. "On nous demande de produire plus, mais on nous impose des normes impossibles à respecter face à la concurrence étrangère", résume un manifestant.
Alors que le gouvernement promet des mesures d'urgence, les syndicats exigent des garanties concrètes. La crise agricole s'ajoute à d'autres défis, comme la crise des finances publiques et la crise de la souveraineté industrielle française, dans un contexte économique mondial incertain.